Qu’allais-je écrire maintenant ? L’espace grandissait dorénavant ; à force de travail, d’obstination, le monde que je trouvais si étroit s’élargissait. Nous partions en voyage. L’Orient s’ouvrait au loin. Et c’est comme si je m’engageais en ton corps aimant. Une paix était advenue. Ah les éphélides, tes bras, ton rire, ta voix ! Des horizons jusqu’alors interdits advenaient, je tentais des mises en abyme, me sentais solide au fond, ayant bâti le socle, pouvais aller chercher là où mon âme aime à s’évader. Nous prenions la mer. Parfums, huiles & miel, baumes & onguents parcouraient nos corps, en un chant grandiose nous explorions les trésors, les sous-bois, prenions plaisir à nous effleurer sans nous dévoiler. Oh silencieuses sensations, délicieux moments. Nous nous parlions la nuit tombée, cherchant la vérité, confiant à des inconnues des secrets dont nous pensions le jour qu’ils seraient inavouables : n’avais-je commencé avec toi, Ana ? En toute chose, tu me montres la voie, à cette époque déjà tu m’encourageais. Le soir, aux Précipices nous allions, goguenards, toisant d’inaccessibles assemblées, l’humeur était propice aux désordres, aux émeutes, aux éclats. J’espérais ardemment l’ouverture de ta porte, Ana, je me plantais devant des nuits entières & sur ta paillasse je dormais ; ta rouquine blancheur, ton joli minois, ton sourire d’autrefois, cette humeur lumineuse & rouge que nous te prêtions, ton goût des scandales & des provocations, oh nous t’adorions ! En tes draps blancs, dont nous fantasmions la subtile fragrance, sur ces coussins chauds, où j’aspirais tant me noyer, larguer ma jeune semence, nous voulions languir à l’infini, tu nous l’accordais parfois ; nous fermions alors les yeux, Ana, ta voix grave & apaisante parlait à l’intérieur de nos corps, par sa chaleur, en bouleversait la timide harmonie, tu m’emmenais en un pays merveilleux, les frontières s‘évanouissaient, les parois devenaient douces et nous nous rendions l’un l’autre plus forts et déterminés. Tu m’accueillais ainsi la première fois, nous murmurions tel un mantra : « Et maintenant, nous ne sommes plus esclaves ». Par notre vie, nous le proclamions, nous l’affirmions. Qu’importent les obstacles, dussé-je atteindre la paix au soir de ma vie, quand la chair sera flétrie et fatiguée, tel est toujours le chemin, Ana B. Seule l’harmonie compte, corps & esprit, il y faut du temps et de la connaissance. Jamais nous n’abandonnerons.
