Au creux de ton épaule, je brandis mes logorrhées performatives

En ce temps, nous croulions sous une chaleur étouffante, que les nuits peinaient à rafraichir, nous maudissions les politiques de n’avoir su choisir, emprunter les chemins pourtant faciles et renseignés qui auraient dessiné au siècle sa trajectoire. Nous nous laissions glisser en un précipice sans retour où notre destin, celui de nos proches, nous échappait. La chaleur nous empêchait de rêver, d’écrire, tout simplement, coupait nos accès à l’imaginaire. Comment, sous ces rayons accablants, aurions-nous pu nous projeter en des bras accueillants, une conversation souple, un sourire charmant ? Tout est sous la fournaise et l’air vient à manquer, le vent, le frais, le souffle. J’avais du mal à fantasmer ta venue dans la maison de la biodiversité, j’y étais pourtant et, presque nu, t’attendais : tu aurais pu passer par là, te serais approchée, vite un verre d’eau glacé & tu aurais sauté dans mes bras ; ma vie alors tu aurais nourrie, ton parfum une rosée. Mais soyons lucide, qui s’intéresse dorénavant à cette vieille chair, cette carcasse fumante, cet air gras & lourd sous les paupières, lesquelles dissimulent pourtant de beaux yeux bleus, que personne jamais ne voit, et de belles pensées, qui ne peuvent guère être partagées. Nous en sommes là, las du temps qui passe, le piège s’est refermé, il fait trop chaud pour trouver le dérivé. Aller voir la mer, peut-être, aller voir la mer. Tiens, pourquoi pas le rose & bleu que l’on trouve dans les ciels, ces remakes impressionnistes, installations poétiques posées au cœur de l’été, dans la gare que j’habite.