J’ouvris la boite, j’aimais l’écriture irresponsable, je m’apercevais, quoi que j’écrive, au lendemain, après avoir laissé reposer, le texte prenait forme, comme une vie autonome, musicale, les pleins les déliés, la densité des mégapoles, la dispersion des hameaux, bourgs, forêts le long d’une rivière, d’une crête, on retrouvait ses petits, des biches, des faons, parfois même ça chantait. Oh, il ne fallait pas trop intervenir ensuite, juste y revenir une fois ou deux pour élaguer, enrichir, marquer la ponctuation, enlever les erreurs manifestes, grossières, qu’une faiblesse avait laissé échapper, écoper quoi … Puis repartir, rentrer à nouveau dans la broussaille, le touffu, se piquer parfois, se laisser rattraper comme quand des plantes invasives te serrent les pieds, les jambes, le corps en entier, chercher la lumière alors, et puis tu parles, quand c’est comme ça, déjà ne pas crever. J’aimais ces moments, le matin souvent, quelques minutes encore dans la nuit, les Études pour Piano de Philip Glass par Vanessa Wagner le jour qui se lève, Steve Roach, instants cachés, jeter des mots qui parlent d’Orient, Méditerranée, tout ce qui me vient à l’esprit, Teddy Ted tiens, Rosée, Amour, s’Embrasser, s’Aimer, Oiseaux tiens, Passage des oiseaux, Chemisiers, Seins, Amour, Fleurs, Courir, Rire, Ports, Bateaux, se dire le soir quand je retrouverai ces mots laissés comme çà à l’aveuglette, j’en serai moi-même surpris, se dire si la vie ne te donne pas ces moments-là de partage, de tendre, alors aller les chercher, t‘imagines les rigolades, les tapes dans le dos, elles sont là, il n’ y a qu’à les ramasser, en être pleinement imprégné, rassasié. Marc Pautrel me dit « Quand le réel te déplaît, tu le remplaces, c’est le privilège de l’artiste, le monde lui est soumis ».
