Au creux de ton épaule, je brandis mes logorrhées performatives

J’allais comme cela à l’aventure, je m’étais dit je vais construire une œuvre, je voyais bien les angles, le toucher, les rondeurs que l’on pouvait modeler. C’était assez clair, je me voyais vivre ainsi près de la mer, avec d’autres que j’aurais choisis, mes voisins quelques indiens, dans un appartement équipé avec des meubles & de la poussière, du café, des enceintes de qualité, des tapis, des livres pour aller vers les îles, les rêves, m’envelopper dans les mondes imaginaires, les voyages au long cours, regarder aller les bateaux, les navires, de là partir, un grand ordinateur pour façonner l’écriture, les photos, les sons, travail d’artisan du soir au matin, noircir, polir, ajouter des images, donner vie à cet univers, le mien, ces personnages venus de l’intérieur, Ana, Oh ma belle rouquine, à la voix grave,  au rire délicat, présente depuis toujours, Teddy, si juste, si bon qui nous rétabli dans nos Droits, Flora bien sûr, éternelle jeunesse, l’Apache, tout en noir, silex en esquives silencieuses, Hugh et Jean-Jacques, les deux mousquetaires, je t’en ai déjà parlé ils me protègent, Dave & Jet aussi qui jettent au monde leur alchimie magnifique, pendant ce temps Pierre G & Pierre S, les deux anciens, me chuchotent des conseils, m’offrent une toile secrète, ils veulent la cacher, ne savent comment faire puis je vois l’Anachorète seul sur la plage d’Aliki, il me lit les Tables dans un maelstrom qui précède l’accident nucléaire, terminal, quand la plage devient violette, la terre orange, le ciel de feu. Les filles en kimono, le Géant qui vient te chercher. Avant le noir complet. Tu ne sais pas ce qui se passe une fois que tu fermes les yeux. Peut-être sont-elles là les filles pour t’ensorceler, qui sait, te raconter des histoires, en tout cas elles ont encore toute leur tête et ça tombe bien, tu es dans le nowhere et tu as juste envie de laisser glisser, dormir, il n’y a plus de choc, ça coule doucement, une logorrhée encore une, elles rient, c’est agréable, elles t’emmènent, tu vas te laisser faire, il n’y a plus rien à faire, les parois sont souples, ça glisse là-dedans, tu t’enfonces, tu te laisses immerger dans leurs rires, leurs paroles douces, de temps en temps une image du passé, c’est délicieux, tes anciennes amours remontent à la surface, tu veux les attraper, elles disparaissent, la peau si jeune, si pure, comme les esprits qui jamais ne vieillissent, nous sommes biens dans mon havre de paix, la tranquillité retrouvée, la terre à soi consacrée, le hozho navajo. Soudain elles me prennent la main et mon petit cœur se réveille, fébrile, mais je ne peux plus bouger, j’essaie de les écouter alors, je les entends à peine, je ne les entends plus, j’ai vécu, je m’endors.